HOMME - Éthologie humaine


HOMME - Éthologie humaine
HOMME - Éthologie humaine

L’étude des comportements humains a été entreprise depuis longtemps par les psychologues et les psychiatres, révélant notamment des aspects importants du développement de l’enfant. Ainsi les observations très fines de A. Gesell (1953) sur la différenciation progressive des mouvements du bébé né à terme par rapport au bébé prématuré, s’appuyant sur l’ontogenèse des systèmes neuro-musculaires, constituent une véritable embryologie du comportement. On peut mettre en parallèle les études des éthologistes qui, depuis les années 1967-1968, dressent le répertoire des unités de comportement de l’enfant. Certains, comme I. Eibl-Eibesfeldt, recherchent dans ce répertoire les unités de comportement qui appartiennent au patrimoine génétique de l’espèce humaine. D’autres se contentent d’une description fine des unités de comportement et de leurs combinaisons sans se prononcer sur leur déterminisme, même s’ils comparent parfois les mécanismes de communication des enfants à ceux des autres primates. Pourtant, la démarche et les méthodes de tous ces éthologistes ont un point commun: ils étudient le comportement de l’enfant en réponse aux stimulations de son environnement social, et pas seulement de son environnement physique, cela au cours d’activités libres ou dans des situations qui ne limitent pas la motricité de façon contraignante. Les éthologistes de l’enfant complètent ainsi les recherches de psychologie expérimentale, qui portent, elles, sur l’étude des réponses de l’enfant à des stimulus physiques, dans des conditions de laboratoire aussi standardisées que possible. Par exemple, des psychologues ont étudié l’orientation de la tête du bébé par rapport à deux sons émis en même temps ou successivement par deux haut-parleurs, en faisant varier les différents paramètres sonores (intensité, fréquence, durée, etc.). Mais quand l’éthologiste aborde le même type de problème, il a toujours deux préoccupations: situer le stimulus sonore dans le contexte des relations entre individus de la même espèce; observer les individus dans des situations familières et aussi peu contraignantes que possible. L’objectif est de parvenir à cerner, dans les conditions habituelles de vie de l’espèce, la part qui revient aux facteurs exogènes (facteurs écologiques et facteurs sociaux) et aux facteurs endogènes (expériences individuelles, facteurs physiologiques, facteurs de structure) dans l’expression d’un comportement.

Il en va ainsi dans l’étude, faite à Besançon, des vocalisations de l’enfant dans une salle où il évolue librement avec d’autres enfants, en fonction du comportement de ceux-ci et en fonction du contexte (introduction d’une boîte capitonnée où les enfants peuvent s’introduire, introduction d’un objet donné, renversement d’une table sur le sol, etc.). L’enregistrement des vocalisations est double: au moyen d’un magnétophone très fiable et au moyen d’une caméra sonore. On peut ainsi analyser: 1) les caractéristiques physiques de la vocalisation, notamment en fonction de la croissance et du sexe de l’enfant émetteur (l’analyse de la fréquence et de l’intensité de la vocalisation en fonction du temps est faite au moyen du sonographe); 2) l’emplacement de la vocalisation dans toute la séquence comportementale, ce qui permet de cerner la signification de la vocalisation par rapport aux autres unités de comportement, à la fois pour l’enfant receveur et l’enfant émetteur (on peut, en effet, restituer la vocalisation seule dans diverses situations). Chaque vocalisation peut ainsi être étudiée pour elle-même en tant qu’élément d’ontogenèse (en tant que structure qui reflète l’ontogenèse des cordes vocales, mais aussi du système nerveux) et en tant que comportement de communication spécifique.

L’éthologie de l’enfant apparaît de la sorte comme une discipline de lien entre les naturalistes (les éthologistes animaux et les écologistes) et les psychologues, psychiatres et linguistes qui se penchent sur le développement de l’enfant, mais aussi entre les naturalistes et les neurophysiologistes qui étudient la genèse des structures et du fonctionnement du système nerveux. Elle contribue à donner son véritable sens à la notion d’adaptation lorsque celle-ci est définie comme une capacité de réponse et de dialogue de l’organisme avec son environnement physique et social (cf. V. Reynolds et N. G. Blurton Jones, Human Behaviour and Adaptation , 1978; ce livre réunit les communications du colloque du même nom qui s’est tenu à Oxford en 1977).

De façon plus générale, l’éthologie humaine est la discipline qui complète les recherches des linguistes en étudiant sans exclusive les modes de communication non liés ou pas forcément liés à la parole (mimiques, postures, gestes, touchers, vocalisations, odeurs). Les analyses sont faites, comme en éthologie animale, dans les cadres habituels de vie de l’enfant ou de l’adulte, en fonction du contexte, des événements antérieurs et de l’état physiologique de l’émetteur et du receveur. Non seulement elle n’est pas une discipline réductionniste et déterministe, comme le soutiennent certains anthropologues et psychologues (parfois mal informés du développement de recherches qui ne s’inscrivent pas forcément dans le cadre «phylogénétique» et «innéiste» de Konrad Lorenz et I. Eibl-Eibesfeldt), mais elle donne des outils méthodologiques et conceptuels (même s’il faut parfois dépasser les concepts) à toutes les sciences de la vie qui étudient l’homme dans son environnement écologique et social, depuis la naissance jusqu’à la mort.

Les origines: l’école objectiviste

Si on prend comme référence l’éthologie objectiviste (celle qui s’est construite autour de Konrad Lorenz, 1935, 1971, et de Nikolaas Tinbergen, 1953, 1957), c’est probablement le psychanalyste René Spitz (1945, 1946) qui a ouvert la voie à l’éthologie humaine (rappelons que le terme éthologie avait été proposé en 1856 par le naturaliste Isidore Geoffroy Saint-Hilaire pour désigner l’étude du comportement des animaux).

Spitz s’est en effet proposé d’étudier le comportement du bébé humain avec la démarche d’un «éthologiste animal»: il montre qu’un visage présenté de face déclenche le sourire du bébé alors que, présenté de profil, le même visage le fait disparaître. La présentation de masques plus ou moins grossiers ou horribles, plus ou moins souriants ou grimaçants, déclenche aussi le sourire du bébé, à condition qu’ils soient vus de face. Spitz (1946, 1968) conclut que la configuration «yeux-nez-bouche» constitue dans l’espèce humaine un déclencheur (le releaser ou Auslöser des éthologistes objectivistes) du comportement « sourire», qui serait une action fixée dans le patrimoine génétique de l’espèce (ou fixed action pattern , dans le langage des objectivistes). Ce comportement serait déclenché par l’intermédiaire d’un mécanisme nerveux génétiquement programmé, ou I.R.M. (innate releasing mechanism ). Ces observations ne pouvaient que conforter Lorenz dans sa conviction que des comportements, notamment ceux qui règlent les relations sociales, sont programmés dans le patrimoine génétique de l’espèce humaine.

Si on peut discuter le bien-fondé des conclusions de Spitz (le sourire n’est pas un comportement simple que l’on peut déclencher à volonté par des stimulations extérieures; l’influence des seules informations génétiques dans l’expression d’un comportement humain reste difficile ou impossible à établir: cf. infra ), il reste qu’il fut l’un des pionniers de l’éthologie humaine. Il avait démontré qu’une certaine attitude (l’observation du comportement du bébé confronté à des stimulations spécifiques , c’est-à-dire en provenance d’individus de la même espèce ), un certain nombre de concepts (releaser , fixed action pattern , I.R.M.) et une certaine méthodologie (utilisation de leurres restituant ou simulant plus ou moins complètement la stimulation spécifique) de l’éthologie pouvaient être transposés à l’espèce humaine.

Par ailleurs, les travaux de Spitz sur l’hospitalisme (1945, 1946, 1968), c’est-à-dire les troubles comportementaux et psychosomatiques qu’entraînent chez l’enfant humain la séparation précoce d’avec la mère et la vie dans un milieu hospitalier ou une institution où les stimulations sociales sont pauvres, peuvent être comparés à la fois aux études des objectivistes sur l’empreinte (imprinting ou Prägung ) et aux expériences de H. Harlow sur le développement du macaque rhésus (1958, 1971). Lorenz (1935) a, en effet, proposé le concept d’empreinte pour désigner l’établissement de relations privilégiées (et, selon lui, irréversibles chez certaines espèces animales) entre le jeune et sa mère (ou un objet mobile, ou un individu de remplacement) au cours d’une période limitée (dite période critique ou période sensible) après la naissance (cf. aussi E. Hess, 1973). Ces relations à un âge précoce influenceraient ensuite à l’âge adulte la plupart des comportements sociaux, surtout les comportements sexuels. Ces conclusions doivent être actuellement nuancées: il n’y a plus, en particulier, d’exemple irréfutable d’irréversibilité de l’empreinte. Quant à Harlow, il a montré que la privation sociale totale ou partielle (l’individu peut voir, entendre et sentir ses congénères, mais ne peut les toucher ou être touché par eux), pendant six mois après la naissance, entraînait chez le macaque rhésus des troubles importants, et, semble-t-il, irréversibles (sauf dans un cas) de tous les comportements relationnels: comportements agonistiques, comportements sexuels, etc.

Ces différents travaux convergent pour montrer l’importance des stimulations spécifiques postnatales, au cours d’une période limitée, dans le devenir affectif et social de l’individu. Des carences et des perturbations dans les relations du jeune avec son environnement social (la mère et les autres congénères) entraîneraient des troubles, peut-être irréversibles ou difficilement réversibles, dans la plupart des comportements à l’âge adulte: on y reviendra.

Trente ans après la publication des observations de Spitz sur le déclenchement du sourire chez le bébé humain, les recherches les plus caractéristiques qui se rattachent à l’éthologie objectiviste sont celles de I. Eibl-Eibesfeldt (1970-1979), même si les conclusions de celui-ci sont plus nuancées que celles de Lorenz. Fondateur du premier institut d’éthologie humaine à Seewiesen en Allemagne fédérale, Eibl-Eibesfeldt cherche aussi à isoler chez le bébé humain des comportements innés, indépendants de toute expérience individuelle. Ainsi, lorsqu’il filme des enfants nés aveugles et des enfants nés sourds, il compare leurs expressions faciales à celles d’enfants « normaux» (nés sans déficit sensoriel apparent) dans les mêmes situations (l’enfant joue avec sa mère; l’enfant s’est heurté à un objet, etc.). Il n’observe aucune différence dans le sourire, le rire, les pleurs, les froncements de sourcils au cours de la «colère», etc. Eibl-Eibesfeldt y voit la preuve que tous les enfants ont les mêmes dispositions innées, quelles que soient les informations extérieures recueillies. Trois autres types de recherches le renforcent dans sa conviction:

1) Ses propres études sur la comparaison des comportements de bébés qui appartiennent à des ethnies différentes: ainsi, à l’approche d’un étranger, tous les bébés ont les mêmes réponses de crainte et de détournement, quelle que soit l’ethnie (pour plus de détails, cf. Eibl-Eibesfeldt, 1973, 1976).

2) Ses recherches d’«universaux» du comportement humain chez les adultes (cf. Eibl-Eibesfeldt, 1974): par exemple, il montre que le relèvement des sourcils (eye-brow-flash ) apparaît chez l’adulte qui accueille un visiteur, quelle que soit son appartenance ethnique; cette universalité est, pour Eibl-Eibesfeldt, la preuve que le comportement «relèvement des sourcils» est codé dans le patrimoine génétique de l’espèce humaine.

3) Les recherches de psychologie expérimentale sur les réponses du bébé, non plus à des stimulations spécifiques (au sens éthologique), mais à des stimulus physiques dont l’intensité, la fréquence, la durée, etc. peuvent être rigoureusement contrôlées à tout moment dans des situations standard. Par exemple, T. G. Bower (1971, 1974, 1977) a montré qu’à l’âge de deux semaines, l’augmentation des battements du pouls du bébé est la même lorsque celui-ci ferme la main sur un objet et lorsqu’on lui fait saisir un objet au moment où il avance la main en direction d’une image projetée sur un écran; en revanche, les battements du pouls augmentent lorsque le bébé ne «parvient» pas à prendre l’image de l’objet (lorsqu’on ne lui met rien dans la main). Pour Eibl-Eibesfeldt (1979) cela montre que le bébé s’attend à toucher ce qu’il voit; il considère que le bébé a une prévision innée des conséquences tactiles qu’entraîne son geste en direction du stimulus visuel. La conclusion de Bower va dans le même sens: il existerait dans le système nerveux du bébé des mécanismes innés qui lieraient les impressions visuelles au mouvement orienté de la main.

Sans préjuger de la validité de ces conceptions innéistes, on peut observer qu’il y a complémentarité entre la démarche de l’éthologiste et celle du psychologue expérimentaliste. Le premier étudie les réponses de l’être humain à des stimulus spécifiques dans son environnement quotidien habituel (la notion de milieu naturel n’a plus de signification biologique, puisque l’homme a occupé ou modifié tous les biotopes); le second étudie les réponses de l’être humain à des stimulus physiques (a priori sans valeur ou signification biologique particulière) dans des conditions de laboratoire aussi standardisées que possible.

Le développement des conceptions actuelles

S’il existe incontestablement une filiation entre les recherches d’Eibl-Eibesfeldt sur le comportement humain et l’éthologie animale objectiviste, il n’en est pas de même pour la plupart des études modernes d’éthologie humaine. Pour rendre compte du développement de celles-ci, l’ordre chronologique a été adopté pour montrer comment, à partir de tâtonnements et de discussions théoriques, les recherches se sont progressivement développées depuis les années 1960 et comment l’éthologie humaine est devenue une discipline complémentaire de l’ethnologie, de la psychologie, de la psychiatrie et de la linguistique.

La période de 1960 à 1968

C’est au cours de cette période que mûrit la théorie de l’attachement du psychanalyste J. Bowlby (1969). Sans entrer dans les détails de son livre, bien discuté par J. de Lannoy (1973) et R. Zazzo (1974), c’est à partir des concepts et des données de l’éthologie que Bowlby a construit sa théorie. Partant de la notion de survie de l’espèce, qui constitue l’un des fondements de l’éthologie objectiviste (et, de façon générale, du néo-darwinisme et de sa version moderne, la théorie synthétique [Julian Huxley, 1974], le modèle évolutionniste communément admis), Bowlby considère que la recherche et l’approche de la mère par le bébé sont des comportements qui assurent la protection du bébé vis-à-vis des prédateurs potentiels de l’espèce. Bowlby s’écarte ainsi des conceptions psychanalytiques classiques qui considèrent que l’attachement de l’enfant à sa mère résulte d’abord de la satisfaction des besoins alimentaires du bébé, et de façon plus générale, de sa libido (ou recherche de la satisfaction sexuelle, H. Piéron, 1968). Si on peut émettre des réserves sur la nouveauté et l’intérêt des conceptions de Bowlby, elles ont eu le mérite de susciter des discussions très riches entre éthologistes, psychologues et psychiatres. Désormais, les uns et les autres s’interrogent sur les bases sensorielles et les mécanismes sensorimoteurs et neuromoteurs de l’attachement de l’enfant à sa mère. Ils recherchent les stimulations et réseaux de stimulations (visuelles, acoustiques, somesthésiques, olfactives, gustatives) qui règlent l’attachement du bébé à sa mère, sans privilégier la seule stimulation de la zone orale du bébé.

On voit se dessiner des projets pluridisciplinaires dans lesquels les interactions «mère-enfant» sont envisagées à la fois en fonction des stimulations de l’environnement (écologiques et sociales), des facteurs de maturation et de croissance et des facteurs physiologiques. Ils ne sont plus figés dans les notions d’instinct ou d’innéité (éthologie objectiviste) ou de pulsion (psychanalyse). Quelques années plus tard, le colloque imaginaire de Zazzo (1974) sera un bon reflet de ce dialogue pluridisciplinaire et encore confus qui s’amorce entre les différentes disciplines engagées dans l’étude des conduites humaines.

C’est aussi au cours de cette période qu’on parle beaucoup de «modèles animaux du comportement humain»: on recherche dans le comportement animal des modèles d’explication des conduites humaines normales ou pathologiques. Les concepts et notions qui reviennent le plus souvent dans les écrits et les propos des psychologues, psychiatres et anthropologues qui participent à ce mouvement sont: déclencheurs sociaux du comportement (les releasers); empreinte et période critique (ou période sensible) pour rendre compte de l’influence prépondérante (et pour certains irréversible) des stimulations sociales (ou de leur absence) reçues après la naissance, pendant une période de temps limitée, sur le devenir comportemental, émotionnel, physiologique et cognitif du jeune; dominances et leadership pour rendre compte de la hiérarchisation des relations interindividuelles ou des différences de fonctions au sein des groupes; comportements de substitution et de déplacement pour rendre compte des comportements imprévus dans une relation spécifique, et non appropriés à la situation vécue (comportements de substitution), et des comportements réorientés sur un objet ou un autre individu (comportements de déplacement, de report ou de redirection); structures d’attention : concept proposé par R. A. Chance en 1967 pour rendre compte de la structure sociale des groupes de singes autrement que par les notions de comportements agonistiques, de dominances et de hiérarchie.

La période charnière de 1968 à 1972

La recherche des convergences entre le comportement animal et le comportement humain aboutit logiquement à une série de colloques et symposiums entre 1968 et 1972. Citons: Le Comportement rituel chez l’homme et l’animal (J. Huxley, 1971); Non Verbal Communication (R. Hinde, 1972); Les Modèles animaux du comportement humain (R. Chauvin, 1972).

Mais c’est surtout après la Conférence internationale d’éthologie, tenue en Suède en 1967, que se mit en place la discipline naturaliste et expérimentale qu’on appelle maintenant l’éthologie humaine. Dépassant les analogies et les modèles, les éthologistes commencent à observer des Humains dans leurs environnements habituels, au cours d’activités librement choisies ou d’activités imposées qui ne limitent pas la motricité de façon contraignante. On procède alors à l’inventaire des unités de comportement , qui peuvent être, selon les classifications: le mouvement provoqué par la mise en action d’un muscle ou d’un petit groupe de muscles (mimique faciale, relèvement des sourcils, modification du diamètre de la pupille, etc.); la posture du corps (debout, assis, etc.); le déplacement orienté d’une partie du corps (bras tendu, projection du buste en avant, etc.). De façon plus générale, on appelle unité de comportement (ou item) l’activité motrice qui ne peut se décomposer en des comportements plus élémentaires. D’autres éthologistes s’intéressent surtout aux combinaisons d’unités de comportement, en fonction du contexte et des réponses des autres. Cette approche plus fonctionnelle débouche sur l’étude des systèmes de communication de l’enfant (comportements d’appel et de sollicitation, comportements de coopération, comportements agonistiques [menaces, agressions], comportements de fuite, etc.).

C’est probablement E. C. Grant (1969), N. G. Blurton Jones (1967, 1971, 1972) et W. C. Mac Grew (1970, 1972) qui ont été les pionniers de cette éthologie humaine. Contrairement à Eibl-Eibesfeldt, ils font l’inventaire des comportements de l’enfant sans chercher à isoler a priori des comportements innés, même s’ils font parfois des comparaisons avec le répertoire comportemental des autres primates (il ne faut pas perdre de vue que la recherche des convergences évolutives est l’une des préoccupations essentielles de nombreux éthologistes).

Comme le montrent le titre et le contenu des articles qu’ils ont publiés entre 1969 et 1972, la description des unités de comportement s’efforce d’être très fine: «Glossaire des comportements d’enfants de 4 ans à la nursery-school» (Mac Grew, 1970) [la nursery-school est l’équivalent de l’école maternelle française]; «Critères pour décrire les expressions faciales des enfants» (Blurton Jones, 1971). C’est ainsi que Grant (1969) décrit huit types différents de sourire et que Blurton Jones (1972) distingue quatre positions de la langue chez l’enfant. Ce dernier auteur, en même temps qu’il décrit avec précision les unités de comportement des enfants de 3 à 6 ans, énumère les groupes musculaires qui permettent l’expression de chacune d’entre elles. Par exemple, pour Blurton Jones, le comportement Bared Teeth désigne l’expression du visage avec les dents serrées et découvertes, en même temps que les lèvres sont rétractées et les coins de la bouche abaissés (c’est l’expression faciale d’un enfant qui se prépare à agresser ou qui agresse, ou de deux enfants qui se disputent un objet en tirant chacun de son côté).

On découvre les premières tentatives de classement des unités de comportement en grands groupes anatomiques ou anatomo-fonctionnels. Par exemple, Mac Grew (1972) répartit cent dix unités de comportement du jeune enfant de 3 à 6 ans dans les groupes anatomiques suivants: les expressions du visage (sourire, rougeur, clignement des yeux, etc.); les expressions de la tête (vocaliser, mordre, dodeliner, etc.); les gestes des membres supérieurs (prendre l’autre par la main; tendre le bras, etc.); les gestes des membres inférieurs (donner un coup de pied, trépigner, etc.); les mouvements corporels globaux (tomber, se pencher en avant, etc.); les postures (assis, accroupi, etc.); les comportements de locomotion (reculer, courir, etc.).

En même temps, Mac Grew et Blurton Jones amorcent une étude plus fonctionnelle du comportement de l’enfant. Observant des enfants en activités libres dans des nursery-schools, ils étudient comment se succèdent les unités de comportement en fonction de la situation vécue, des réponses des autres enfants et des événements antérieurs. Par exemple, Blurton Jones (1972) montre qu’un jeu apparemment agressif comme se rouler l’un sur l’autre (rough and tumble play ) fait apparaître des unités de comportement, par exemple le sourire avec la bouche ouverte, qui n’apparaissent pas dans les interactions vraiment agressives. Mac Grew et Blurton Jones débouchent ainsi sur l’étude fine des systèmes de communication et des comportements sociaux des enfants (comportements de coopération, relations de dominances, etc.). Ils vont entraîner dans leur sillage un nombre croissant d’éthologistes mais aussi de psychologues, de psychiatres, d’anthropologues et de linguistes.

L’éthologie humaine à partir des années 1972-1973

La plupart des éthologistes poursuivent l’inventaire du répertoire comportemental de l’enfant, mais dans une optique plus fonctionnelle. Par exemple, J. C. Rouchouse (1978-1979) propose une classification de cent quarante-huit unités de comportement en huit catégories: conduites alimentaires et excrétrices; sommeil et repos; régulation thermique, respiration et réactions neuro-végétatives; soins corporels et autocontacts; conduites manipulatrices d’objets; conduites locomotrices; développement gestuel; communication et socialisation. Il étudie en même temps comment les unités de comportement peuvent se combiner chez des enfants de 3 à 11 mois pour former les premiers comportements d’appel.

Rouchouse emprunte ainsi les voies que le groupe de recherches de Besançon a définies après les premiers travaux de Blurton Jones et Mac Grew (H. Montagner et al., 1973, 1979). Les fondements de l’éthologie humaine actuelle se précisent, c’est-à-dire: disséquer le comportement en unités aussi élémentaires que possible; repérer leur émergence au cours du développement; isoler celles qui permettent au bébé d’établir ses premiers échanges avec l’environnement social; analyser comment les unités se combinent de l’enfance à l’âge adulte pour former des comportements de plus en plus complexes, en fonction de la croissance, des expériences individuelles, de l’environnement social, etc. Malgré les réticences de certains secteurs des sciences de la vie, l’éthologie humaine apparaît désormais comme une discipline qui apporte des éclairages originaux sur le développement du «petit de l’Homme» et les comportements sociaux de l’espèce humaine. Examinons quelques-uns de ses apports.

Éthologie de l’enfant

Étude du développement sensoriel

L’étude de la genèse des discriminations sensorielles du bébé est l’un des domaines traditionnels de la psychologie expérimentale (Bower, 1971, 1974). L’éthologie humaine complète les recherches de psychologie expérimentale en étudiant la discrimination des stimulations spécifiques et l’influence de celles-ci dans l’expression comportementale.

C’est le cas en particulier de la genèse des perceptions d’odeurs spécifiques, qui jouent un rôle si important dans les comportements sociaux de la plupart des mammifères (attachement «mère-jeune», comportements agonistiques, comportements sexuels, etc.) et dont l’étude a été négligée dans l’espèce humaine. Pourtant, l’étude des sécrétions des glandes endocrines qui jouent un rôle essentiel dans les relations interindividuelles (les phéromones) est l’une des voies de recherche les plus empruntées de l’éthologie et, de façon plus générale, de la biologie moderne.

A. Mac Farlane (1975) est probablement le premier qui ait étudié expérimentalement, et au moyen d’une méthode éthologique, la genèse de la perception d’odeurs spécifiques par le bébé humain. C’est en observant le comportement d’orientation du nez du bébé en direction de tampons imprégnés du lait maternel ou du lait de mères étrangères qu’il a dégagé une plus grande fréquence des mouvements d’orientation en direction du tampon maternel, à partir de l’âge de six jours.

Cependant, les mouvements d’orientation du nouveau-né dépendent, au moins partiellement, de l’orientation de la tête par rapport au buste au cours de la vie fœtale. Le groupe de recherches de Besançon a donc repris l’étude de la perception des odeurs spécifiques par le bébé (fig. 1) en utilisant d’autres indices comportementaux que ceux de Mac Farlane. Pour cela, les chercheurs se sont situés d’emblée dans le cadre des principes habituels de l’éthologie: observer les comportements habituels du bébé avant la tétée, c’est-à-dire avant qu’il soit confronté à des stimulations spécifiques; observer les comportements du bébé en présence de stimulations présentées séparément: par exemple, les sécrétions lactées de la mère et celles d’autres mères, ou bien les sécrétions des glandes sébacées et sudoripares du cou de la mère, etc.; l’ensemble des observations se fait dans l’environnement habituel du bébé depuis la naissance (chambre où se trouve la mère).

Ces expériences ont montré que l’observation globale, soutenue par l’enregistrement cinématographique, peut révéler des paramètres de comportement qui constituent des indices de discrimination olfactive entre deux odeurs spécifiques, ou bien entre une situation spécifique «odorante» et une situation sans odeur spécifique.

Désormais, cette méthode de quantification peut être utilisée pour étudier la discrimination éventuelle que fait le bébé entre deux sons ou vocalisations spécifiques (émis par la mère, le père ou d’autres personnes) ou non; ou bien entre deux types de portage (les systèmes sensoriels concernés sont la sensibilité somesthésique, la sensibilité proprioceptive, la sensibilité olfactive et éventuellement la sensibilité gustative); ou bien entre deux types de gestualité à distance (peut-être pourrait-on ainsi faire la différence entre la perception éventuelle à distance des formes et des mouvements, alors que la genèse de ces discriminations n’est pas encore bien établie?). Cette méthode peut aussi être utilisée pour étudier le caractère attractif ou aversif des laits artificiels et des drogues, parfois nécessaires pour traiter certaines affections et maladies du bébé. De façon générale, elle peut permettre d’isoler les facteurs d’environnement qui ont un caractère attractif, aversif, douloureux, neutre, etc. pour le bébé en cours de développement.

Étude du développement sensorimoteur

L’étude fine du comportement par rapport à des stimulations spécifiques peut aussi permettre de comprendre l’origine de différences dans le développement sensorimoteur des bébés. Les travaux de E. Noirot (1977), de Alegria et Noirot (1978) en sont un exemple. Ces deux chercheurs ont étudié les réponses motrices de très jeunes bébés (au total quarante-huit bébés de 3,1 jours en moyenne) à un son qui vient de la gauche ou de la droite, selon que le bébé est habituellement nourri au sein ou au biberon. Ils ont tout d’abord répertorié quatre types de mouvements de la bouche chez le bébé qui cherche le sein ou le biberon: bouche fermée, bouche ouverte de façon symétrique, bouche ouverte de façon dissymétrique (bouche tordue) vers le côté gauche ou vers le côté droit. Dans le cas de la bouche dissymétrique, le mouvement est dit positif lorsque la lèvre supérieure est orientée vers la source sonore, et négatif lorsqu’elle est orientée dans la direction opposée. Alegria et Noirot montrent ainsi que, lorsqu’un son vient de la gauche, 100 p. 100 des bébés nourris au sein et 92 p. 100 des bébés nourris au biberon tordent leur bouche dans cette direction. Lorsque le son vient de la droite, c’est-à-dire de la direction d’où vient la voix de la mère «droitière» qui nourrit son bébé (la tête du bébé repose alors sur l’avant-bras gauche de la mère), 70 p. 100 des bébés nourris au sein tordent la bouche vers le son, alors que 25 p. 100 seulement des bébés nourris au biberon ont ce comportement. Cette différence est à mettre en relation avec le fait que le bébé nourri au sein cherche le sein en tordant la bouche dans la direction d’où vient habituellement la voix maternelle. En revanche, la situation est différente pour le bébé nourri au biberon: celui-ci est généralement présenté depuis la gauche, alors que la voix maternelle vient de la droite. Dès lors, on comprend que l’émission d’un son venant de la droite du bébé puisse entraîner chez celui-ci une proportion importante de mouvements d’orientation de la bouche vers la gauche.

C’est donc après avoir analysé avec soin les différents types de mouvements de la bouche du bébé et après avoir observé les relations habituelles du bébé avec sa mère que Alegria et Noirot ont pu expliquer les différences d’orientation de la bouche du bébé à l’audition d’un son.

Ces recherches montrent que l’étude du développement sensorimoteur – ici les mouvements d’orientation de la bouche par rapport à une stimulation acoustique – implique d’abord une analyse précise du comportement du bébé dans des situations spécifiques (au sens éthologique): ici, au cours de la tétée avec la mère.

Étude des communications non verbales et des comportements sociaux

L’observation systématique de groupes d’enfants en activités libres est, on l’a vu, l’un des principaux objectifs de l’éthologie humaine. Le groupe de recherches de Besançon a, lui aussi, commencé un inventaire des comportements élémentaires du jeune enfant au cours de ses échanges avec les autres enfants et avec les puéricultrices. L’accumulation des heures d’observation (environ 11 000 à la fin de 1978) et l’analyse des films 16 mm ou super-8 (au total 90 km environ) image par image ont, en effet, permis d’identifier des comportements caractéristiques qui règlent les échanges entre enfants de 6 à 36 mois (crèche) et de 3 à 6 ans (école maternelle).

Certains comportements élémentaires (ou items) et leurs séquences (combinaisons de deux items au moins) ont la plus forte probabilité d’entraîner chez l’enfant receveur des réponses dites d’apaisement : elles entraînent l’arrêt des pleurs, un sourire, une caresse ou un toucher léger, dans plus de 50 p. 100 des cas, toutes situations confondues. Ces items et séquences d’items sont dits d’apaisement (tabl. 1). Certaines de ces séquences entraînent souvent l’offrande: comme elles sont exprimées à partir de 18 mois au moins par l’enfant qui s’approche d’une situation attractive ou d’un enfant qui tient un objet habituellement recherché, et comme elles sont souvent accompagnées de paroles de sollicitation chez l’enfant de 3 à 6 ans, elles sont qualifiées de séquences de sollicitation . D’autres items et séquences, souvent exprimés à distance, entraînent dans plus de 70 p. 100 des cas le lâcher d’un objet, la crainte, la fuite ou les pleurs de l’enfant receveur: appelées séquences de menace , elles apparaissent surtout dans les situations de compétition et dans les conflits. Nous considérons comme des agressions tous les comportements de contact qui entraînent des pleurs, des isolements prolongés et des recours à la puéricultrice ou à l’institutrice. Ces comportements, ainsi que d’autres qui règlent les échanges entre enfants, sont décrits dans plusieurs mémoires et ouvrages (H. Montagner, 1977, 1979; M. Lombardot, 1977; D. Godard, 1978).

En recherchant les précurseurs de ces séquences de comportement à partir de l’âge de 6 mois, nous avons observé que les unités de comportement qui composent les séquences et les séquences elles-mêmes peuvent être exprimées par tous les enfants, soit avant la marche, soit au cours des 3 mois qui suivent le début de la marche. Par exemple, les unités de comportement «ouverture béante de la bouche», «vocalisation aiguë» (analysée par ailleurs au moyen du sonographe), «bras levé ou bras projeté devant soi», qui composent l’une des séquences de menace les plus caractéristiques du jeune enfant (tabl. 1) et la séquence elle-même ont été observées dans toutes les populations d’enfants que nous avons étudiées, en France comme en Afrique.

La plupart des séquences ont été aussi observées (Blurton Jones, 1972) ou retrouvées chez des enfants anglais et américains (Lewis, 1978). Mais, contrairement à Eibl-Eibesfeldt, nous ne concluons pas à la programmation génétique de ces comportements qui sont peut-être des «universaux» de l’espèce humaine. Il est en effet possible que les mêmes événements ontogénétiques (s’asseoir, se déplacer «à quatre pattes», passer de plusieurs alternances d’éveil et de sommeil à une seule alternance au cours des vingt-quatre heures, etc.), les mêmes influences extérieures (configuration «yeux-nez-bouche» de la personne qui s’occupe de l’enfant; mimiques, postures, gestes et vocalisations associés à l’alimentation et à la prise du bébé dans les bras, etc.) puissent induire, chez tous les enfants, des comportements qui ont la même structure et les mêmes fonctions, même au sein d’ethnies qui n’ont pu s’influencer. C’est pourquoi, dans l’état actuel de nos travaux, nous ne recherchons pas les influences génétiques éventuelles dans l’expression du comportement: il n’existe aucune méthode fiable pour cela.

Des recherches se proposent d’établir le répertoire comportemental des enfants dits «anormaux» (caractériels, débiles, psychotiques, etc.) afin de tenter d’isoler les items et séquences d’items qui n’apparaissent pas, qui disparaissent ou qui leur sont spécifiques, tout au long du développement de ces enfants (P. Garrigues, 1977). Peut-être sera-t-il ainsi possible de détecter encore plus tôt qu’actuellement les «anomalies» comportementales et de distinguer celles qui proviennent d’anomalies neurologiques (lésions ou malformations du système nerveux central) ou neuro-endocriniennes et celles qui sont dues aux influences de l’environnement? Par ailleurs, J. F. Mennesson et ses collaborateurs (1977, 1978) ont aussi mis au point une méthode de mesure du mode de déplacement de l’enfant psychotique dans une pièce dont ils peuvent modifier l’équipement et où ils peuvent introduire un individu connu ou inconnu de l’enfant étudié. Ils comparent notamment les spectres de déplacement en fonction du temps et, par suite, les modes d’utilisation de l’espace par des enfants accueillis en institution psychiatrique et par
des enfants normalement scolarisés en école maternelle. De telles études comparatives, menées selon des principes et méthodes éthologiques, doivent aboutir à mieux cerner comment évolue l’occupation de l’espace des enfants «psychiatrisés», en fonction des thérapies utilisées.

En même temps que nous avons établi le répertoire comportemental des enfants de crèche et d’école maternelle, nous avons calculé pour chaque enfant la fréquence relative des différents types d’items et de séquences d’items (tabl. 2), la quantité totale des échanges avec les autres, la quantité des échecs et réussites dans l’appropriation d’objets et situations qui entraînent des compétitions. L’unité de temps étant le plus souvent de 1 mois, nous suivons l’évolution de ces paramètres au fil des mois, en fonction des modifications de l’environnement et de la physiologie des enfants. Cette méthode nous a conduits à distinguer plusieurs profils de comportement dans les populations d’enfants de 2 à 6 ans.

À partir de l’acquisition de la marche, certains enfants ont tendance à présenter des séquences d’apaisement et de lien de plus en plus fréquentes et complexes. C’est en recherchant des corrélations entre les différents comportements , tout comme Mac Grew (1972), P. Smith (1974, 1975) et V. Reynolds et A. Guest (1975), que nous avons établi une corrélation positive élevée entre la fréquence des séquences d’apaisement de ces enfants et leur attractivité (le nombre de fois que les autres enfants s’approchent d’eux) et leur leadership (le nombre de fois que les autres enfants les imitent et les suivent). Nous avons appelé leaders ceux qui participent aux compétitions et qui parviennent à s’y imposer, c’est-à-dire prendre les objets et occuper les situations avant et plus souvent que les autres (Damienne: tabl. 2 et fig. 2; Marianne, Karine H. et Stéphanie: tabl. 2), et dominés aux mécanismes de leader ceux qui apparaissent peu dans les compétitions (Karine C. et Katia: tabl. 2). C’est autour de ces enfants, surtout les leaders, que s’organisent les activités nouvelles, durables et élaborées dans plus de 75 p. 100 des cas. L’observation en continu et l’analyse des films image par image permettent de montrer que ces enfants peu agressifs différencient, à partir de la marche, des enchaînements de comportements ritualisés, c’est-à-dire constitués de séquences qui codent l’apaisement, la sollicitation, la menace, etc. de façon séparée et appropriée à la situation vécue et au comportement de l’autre (Damienne: fig. 2; les enchaînements de comportements des dominés aux mécanismes de leader ont la même structure). Ces enfants dissocient la menace de l’agression; lorsqu’ils passent à celle-ci, c’est le plus souvent en réponse à une agression. Leurs actes d’agression sont, dans la plupart des cas, amortis et non répétés. Les leaders et les dominés aux mécanismes de leader sont ainsi facilement et rapidement décodés par les autres, qui les recherchent activement dans toutes leurs activités.

En revanche, à partir de la marche, d’autres enfants expriment de plus en plus souvent des séquences où les items d’apaisement et de sollicitation, les items de menace et les items d’agression sont mêlés. L’approche de ces enfants, qui ne dissocient ni l’apaisement de la menace ni la menace de l’agression, entraîne souvent la fuite, les pleurs et le refuge auprès de l’éducateur. Selon qu’ils participent aux compétitions et s’y imposent, ou non, nous les avons appelés dominants-agressifs (fig. 2, 3 et 5) ou dominés-agressifs (fig. 3 et 4; ceux-ci sont encore plus souvent désorganisés dans leur comportement que les dominants-agressifs). Contrairement aux groupes qui, entre 2 et 6 ans, se forment autour des leaders et, dans une moindre mesure, autour des enfants dominés aux mécanismes de leader, les groupes qui se constituent autour des enfants dominants-agressifs (ceux-ci sont souvent qualifiés de meneurs par les adultes) se désorganisent souvent, en même temps que se développent des agressions appuyées et répétées.

D’autres enfants encore expriment des enchaînements de comportements dans lesquels les items et séquences de crainte et de fuite, et les isolements prédominent: ils ont été appelés dominés-craintifs . D’autres, enfin, ont une gestualité très pauvre: leurs isolements sont les plus fréquents et les plus longs.

En dépassant l’étude des fréquences absolues des grands comportements (agressions, isolements, etc.) et la distinction «éthologique» sommaire entre dominants et dominés, on constate qu’il n’y a pas de différence de nature entre les différents enfants des populations de crèche et d’école maternelle.

D’abord, dans un groupe, il peut en effet exister des enfants qui ont des proportions relatives des grands comportements et des enchaînements de séquences comportementales intermédiaires entre ceux de l’enfant le plus leader et ceux de l’enfant le plus dominant-agressif, ou bien entre ceux de l’enfant dominé aux mécanismes de leader et ceux de l’enfant dominé-craintif. De façon plus générale, on peut observer, dans tous les groupes, des profils de comportement intermédiaires entre les profils les plus marqués.

Ensuite, le profil de comportement n’est pas figé: il peut beaucoup changer d’un mois à l’autre (cf. infra ).

Grâce aux deux paramètres «proportions relatives des grands comportements relationnels» et «structure des enchaînements de séquences comportementales», on peut désormais cerner plus précisément les événements familiaux, sociaux ou biologiques qui entraînent une désorganisation profonde des systèmes relationnels de l’enfant. L’agression, la crainte, l’isolement, etc. peuvent désormais être analysés «sur le terrain», non plus séparément et seulement de façon théorique, mais par rapport à tous les autres modes d’expression de l’enfant et par rapport à sa biologie. On retrouve ainsi les apports classiques de l’éthologie animale: l’étude des comportements relationnels les uns par rapport aux autres; les modifications des comportements relationnels en fonction de l’environnement écologique et social habituel, et en fonction de l’état physiologique de l’individu.

En choisissant d’analyser la structure des enchaînements de séquences de comportement, plutôt que la fréquence absolue des différents comportements observés, nous rejoignons l’attitude méthodologique actuelle de nombreux éthologistes animaux (R.A. Hinde et T.G. Stevenson, 1969) et psychologues (G. P. Sackett, 1978; R. Bakeman, 1978).

La méthode éthologique a été aussi mise en œuvre pour étudier le comportement des parents à l’égard de l’enfant: 1. par l’observation et par le film, on analyse le comportement d’accueil du père et de la mère lorsque, ensemble ou séparément, ils viennent chercher l’enfant à la crèche entre 17 et 19 heures; 2. par l’observation, on étudie les interactions entre l’enfant et chacun de ses parents lorsqu’ils se retrouvent entre eux dans la salle d’habillage de la crèche, le matin et le soir. Dans les deux cas, l’unité de temps pour l’évaluation quantitative des comportements parentaux est de 1 mois, comme pour l’enfant.

Nous avons ainsi pu montrer que la différenciation des profils de comportement entre 1 et 4 ans, leurs fluctuations et leurs modifications avant 5 ans sont étroitement liées à la façon d’être des parents, surtout de la mère, à l’égard de l’enfant. En particulier, chaque fois que nous avons observé une modification nette du profil de comportement de l’enfant, elle a coïncidé avec des modifications nettes du comportement de la mère au moment de l’accueil et de l’habillage de l’enfant. Les changements temporaires ou durables du comportement maternel ont été mis en relation avec des facteurs physiologiques (maladies, modifications du cycle ovarien, troubles digestifs, etc.) et sociaux (surtout les rythmes de travail, mais aussi les conflits conjugaux et les changements de composition de la famille: arrivées ou départs).

Prenons un exemple: nous avons vu des enfants qui, de leader à 2 ans, ont évolué ensuite de plus en plus nettement vers le profil de dominant-agressif, à mesure que le comportement maternel à leur égard se déplaçait vers les actes d’impatience, les menaces et les agressions. Puis, lorsque le comportement maternel est redevenu plus apaisant et moins agressif (après une amélioration de santé, un changement dans les horaires et les rythmes de travail, etc.), l’enfant de moins de 4 ans a de nouveau exprimé des enchaînements de comportements comparables à ceux des enfants qui sont restés leaders depuis l’âge de 2 ans, tout en gardant quelques mécanismes de dominant-agressif. Son profil était alors intermédiaire entre celui du leader-type et celui de l’enfant du même âge qui avait différencié un profil de dominant-agressif depuis l’âge de la marche. En revanche, les changements de profil de comportement de l’enfant ne sont pas aussi évidents lorsque la famille change sa façon d’être à l’égard de l’enfant à partir de l’âge de 5 ans.

L’analyse et la quantification en continu (pendant des mois, et plusieurs années consécutives) des comportements du jeune enfant permettent ainsi de cerner la part respective des différents types d’influences extérieures (nous avons aussi étudié l’influence du comportement des éducateurs et des autres enfants) et de certains facteurs endogènes (l’état de santé de l’enfant) dans la différenciation et les modifications des systèmes de communication de l’enfant. Cette démarche n’est pas nouvelle, puisque des psychologues comme A. Gesell (1953) ont étudié l’«embryologie du comportement» de l’enfant au moyen d’observations en continu et de dissections fines des activités motrices et de leurs enchaînements. Mais l’éthologie humaine l’a reprise en la rénovant par des concepts (qu’elle n’hésite pas à dépasser à la lumière des résultats des observations et des expériences), des méthodes et des techniques issus ou dérivés de l’éthologie animale, ou plus généralement de la biologie du comportement. Des problèmes d’interprétation et de quantification (notamment des séquences de comportements et de leurs enchaînements) subsistent, mais la voie est ouverte.

Éthologie de l’adulte

Cas des communications non verbales

Dans ce domaine, il est parfois difficile de distinguer la part des éthologistes de celle des psychologues de la communication et des linguistes. Il est aussi difficile de cerner l’influence éventuelle de l’éthologie dans la démarche des psychologues et des linguistes.

Une démarche se détache nettement, celle de Eibl-Eibesfeldt, déjà citée: l’étude des «universaux» du comportement humain, qui seraient le résultat d’adaptations sélectionnées au cours de la phylogenèse. Les «universaux» sont surtout recherchés dans les rituels: Eibl-Eibesfeldt suggère même l’existence d’une «grammaire» universelle du comportement social de l’Homme. Il se fonde sur les études comparatives du comportement chez les primates . Pour lui, ces études comparatives révèlent un grand nombre d’homologies (ayant la même structure et les mêmes fonctions; sous-entendu, de même origine génétique) chez l’homme et les primates infra-hominiens. Par exemple, le sourire humain serait l’homologue du comportement silencieux «découvrir les dents» exprimé par les singes; le rire humain serait homologue de la mimique du chimpanzé dans laquelle la bouche est ouverte de façon «relâchée et détendue» (Van Hoof, 1971). Il y a aussi des similitudes frappantes dans les rituels phalliques des singes et de l’homme. Ainsi, chez les singes vervets, quelques mâles se tiennent assis à la périphérie du groupe en exposant leur région génitale fortement colorée; ils se mettent en érection lorsque des congénères d’un autre groupe s’approchent: cette menace phallique aurait une fonction de dissuasion sur l’autre groupe et jouerait ainsi un rôle essentiel dans la répartition spatiale entre les différents groupes qui occupent le même biotope. Eibl-Eibesfeldt a observé, dans les populations humaines Eipos de Nouvelle-Guinée, des rituels phalliques qui auraient des fonctions comparables au cours des confrontations entre groupes. En effet, lorsque des Eipos défient leurs ennemis, ils exhibent au maximum l’étui qui recouvre et prolonge leur pénis: se mettant bien en évidence sur un point élevé, ils exécutent des sauts, qui impriment à l’étui pénien des mouvements bien visibles à distance. Pour Eibl-Eibesfeldt, il s’agit d’un comportement de dissuasion et de protection contre la menace que présente l’arrivée d’individus d’un autre groupe. De plus, ces comportements de primates, qui ont la même structure et les mêmes fonctions, seraient homologues; ils auraient été programmés (dans le code génétique) par adaptations successives au cours de la différenciation des espèces.

Comportements et rituels humains de sociétés aux cultures différentes

Utilisant une caméra à prisme qui lui permet de filmer avec le dos tourné aux individus observés, Eibl-Eibesfeldt compare les interactions sociales dans des populations de cultures différentes, habitant des zones géographiques diverses (Boschimans du Kalahari, Eipos de Nouvelle-Guinée, Balinais...). Il répertorie ainsi une grande quantité de comportements ayant la même structure et les mêmes fonctions dans les mêmes contextes; il les considère comme des «universaux» de l’espèce humaine: le relèvement des sourcils (eye-brow-flash ), déjà rapporté au début de cette revue, apparaît dans le rituel de salutation, le flirt, le fait de souligner son accord avec l’autre; le baiser, qui dériverait de l’approvisionnement «bouche à bouche» des mammifères infra-hominiens; l’enchaînement, chez une personne timide, «fixation par le regard-sourire-détournement de la tête en baissant les yeux», au moment d’une entrée en contact avec une personne étrangère, etc.

Le fait que de nombreuses expressions du visage soient interprétées de la même façon par des individus de cultures différentes, sachant lire ou non (P. Ekman, W. Friesen et P. Ellsworth, 1972: la méthode consiste à présenter aux individus des photographies ou des enregistrements au moyen d’un magnétoscope), renforce Eibl-Eibesfeldt dans sa conviction que les réponses identiques à de nombreux comportements expressifs universellement répandus (ainsi que l’interprétation de ces comportements) se font par l’intermédiaire de mécanismes innés de déclenchement (I.R.M., cf. supra ).

On peut considérer que la sociobiologie, créée par E. O. Wilson (1975), se rattache au courant défendu par Eibl-Eibesfeldt. En effet, la sociobiologie se propose d’expliquer comment les structures sociales et le comportement contribuent à la survie du patrimoine génétique des espèces. Elle tente d’expliquer en particulier comment s’est opérée (au cours de la phylogenèse) la sélection des comportements altruistes. Comme la sélection se serait opérée à partir de la vie familiale, les comportements altruistes profiteraient surtout aux individus apparentés. Par exemple, les ouvrières de nombreuses espèces d’insectes sociaux trouvent la mort en œuvrant pour les autres individus du même nid; ou bien, certains macaques, qui font la distinction entre les individus qui leur sont apparentés, aident plus souvent les parents proches que les parents éloignés. Ces comportements altruistes auraient été programmés (dans le patrimoine génétique de l’espèce) par adaptations successives au cours de la phylogenèse. On retrouve donc là l’attitude néo-darwinienne classique. La proposition par E. O. Wilson de formules mathématiques (à partir des travaux de W. D. Hamilton, 1964) pour calculer la survie génétique de comportements sociaux chez telle ou telle espèce, en fonction de l’investissement énergétique de l’espèce, ainsi que l’extension de ce système (qui suppose une origine génétique à tous les grands types de comportements) à l’espèce humaine ont suscité un tollé parmi les sciences de la vie.

Cependant, la plupart des éthologistes étudient les systèmes de communication de l’homme adulte sans postuler que «les adaptations phylogénétiques déterminent aussi le comportement de l’homme dans une mesure significative» (Eibl-Eibesfeldt, 1979). Ils rejoignent ainsi, comme nous l’avons écrit, les psychologues de la communication et les linguistes. Par exemple, J. Cosnier et ses collaborateurs étudient la mimogestualité d’adultes en situation duelle (1974, 1978). Cosnier y distingue quatre grandes catégories, soit les quasi-linguistiques : gestes utilisés pour communiquer sans paroles au sein des communautés culturelles (environ 150 unités gestuelles par population); les coverbaux : mimiques, gestes et postures qui soulignent l’intonation ou illustrent la parole; les synchronisateurs : regards, hochements de tête, etc., qui sont destinés à attirer ou à maintenir l’attention du partenaire; les extra-communicatifs : mouvements centrés sur soi-même (grattages, manipulations de zones corporelles, etc.) et mouvements de confort ou d’inconfort. «La langue orale ne serait ainsi qu’un sous-système d’un langage total hétérogène» (Cosnier, 1978). Cosnier étudie les différentes catégories de mimogestualité entre deux individus selon la position des communiquants: face à face, dos à dos, etc., en même temps qu’il enregistre chez eux des paramètres physiologiques (électrocardiographie, réponse électrodermale).

Refusant les interprétations exclusives de Eibl-Eibesfeldt, d’une part, et des culturalistes «purs», d’autre part (E. Leach, 1972; R. L. Birdwhistell, 1970; M. Mead, 1975), les psychologues P. Ekman et W. V. Friesen (1976) ont mis au point une technique de mesure très fine des expressions faciales (F.A.C.: Facial action code ) qui aurait pu être développée par un éthologiste. C’est en se fondant sur l’anatomie des muscles faciaux, les réponses électriques de leurs propres muscles faciaux et la réponse comportementale commandée par ces muscles que P. Ekman et W. V. Friesen ont établi un répertoire du nombre, des supports anatomiques (un ou plusieurs muscles) et de la structure des mouvements élémentaires du visage (28 au total, mais 43 combinaisons et 400 nuances différentes des combinaisons ont été mises en évidence). Il faut environ 40 heures pour apprendre et exprimer ce répertoire facial. Désormais, celui-ci peut être utilisé pour isoler la «syntaxe faciale» des sourds qui utilisent des systèmes de signes gestuels, et faciliter leurs communications, mais aussi pour détecter ou mesurer des lésions ou des malformations du système nerveux central.

Cette optique «fonctionnaliste» de Ekman et Friesen rejoint aujourd’hui celle des éthologistes de l’homme. L’objectif est d’analyser le plus finement possible tous les aspects des comportements qui règlent la communication humaine: leur structure, leurs fonctions, leur signification neurologique, neuro-endocrinienne ou psychologique. Objectivement, il y a donc actuellement des convergences dans les objectifs et méthodes des éthologistes de l’homme, psychosociologues, linguistes et anthropologues.

Rythmes biologiques

Les éthologistes de l’homme commencent aussi à s’intéresser aux modifications physiologiques qui précèdent, accompagnent ou suivent les modifications de comportement de l’être humain dans son environnement écologique et social. C’est en particulier l’un des objectifs du groupe de recherches de Besançon, qui étudie la structure des courbes circadiennes (ou journalières: du latin circa , environ et dies , un jour) d’élimination urinaire des «hormones de défense» qui sont sécrétées par le cortex des glandes surrénales (cortisol et 17-hydroxycorticostéroïdes), mais aussi des catécholamines, du magnésium, du zinc et du 5-HIA, métabolite de la sérotonine. Il a été ainsi montré qu’il y a certaines corrélations entre la structure des courbes circadiennes d’élimination urinaire du cortisol et des 17-OHCS et le profil de comportement de l’enfant de 2 à 5 ans (voir les publications de Montagner et ses collaborateurs). Les modifications importantes de structure des courbes sont, comme le profil de comportement de l’enfant, en relation avec des changements de comportement de la famille vis-à-vis de l’enfant.

L’étude comparative des courbes (fig. 6) montre, là aussi, qu’il n’y a pas de différence de nature entre les différents profils de comportement: selon que l’enfant a plus ou moins le profil de leader, sa courbe circadienne moyenne des 17-OHCS est plus ou moins régulière avec des taux peu ou relativement élevés à tous les moments de la journée; selon que le profil de dominant-agressif est plus ou moins accentué, la courbe moyenne des 17-OHCS est plus ou moins irrégulière avec des taux plus ou moins élevés à tous les moments de la journée.

On a aussi étudié l’influence du jour de la semaine, des changements de rythme de vie, du comportement de l’éducateur sur les modifications de comportements et de structure des courbes circadiennes des 17-OHCS.

La double étude en continu des comportements de communication et des rythmes biologiques permet ainsi de cerner de plus en plus précisément les stimulations extérieures et intérieures qui modifient de façon immédiate ou différée, de façon temporaire ou durable, les réponses comportementales et biologiques de l’être humain.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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